C’est ici le royaume du caillou, de la terre séchée et craquelée, et des montagnes déchiquetées auxquelles s’accrochent de vieux villages berbères : Matmata, village troglodyte, Toujane, accroché à la muraille rocheuse, Douiret et Chenini, creusés dans une paroi abrupte…
Jadis seuls occupants des lieux, les Berbères sédentaires, pratiquant un peu d’élevage, s’étaient réfugiés dans la longue chaine montagneuse du Dahar lors de l’invasion arabe, juchant leurs villages forteresses dans des positions imprenables. Des relations s’étant nouées avec leurs voisins, Arabes nomadisant dans la plaine ou de l’autre côté de la montagne, certains Berbères adoptèrent un mode de vie semi-nomade, emmagasinant leurs récoltes dans des ksour, greniers fortifiés constitués de cellules (ghorfas) juxtaposées, et bientôt imités par les nomades eux-mêmes. Ces greniers collectifs attestent l’importance de la fonction d’entrepôt pour les vivres et constituent l’une des particularités de la Tunisie. Le village était établi sous le ksar proprement dit et les maisons le plus souvent creusées dans la muraille rocheuse.
Dans les monts de Matmata, les villages troglodytes, nés sans doute d’un semblable besoin de sécurité, obtenue ici par le camouflage, ont conditionné un mode de vie légèrement différent, plus individualiste. Les demeures excavées dans une terre rougeâtre assez tendre s’ordonnent autour d’un trou circulaire servant de cour sur laquelle s’ouvrent plusieurs chambres voûtées. Situées sur un plateau de terre nue hérissée de palmiers, elles forment un paysage irréel, lunaire.
L’époque moderne, bouleversant l’économie ancestrale a, cependant, aux uns comme aux autres, enlevé leurs raisons d’être. Ces villages, délaissés au profit de villages modernes et plus fonctionnels implantés dans la vallée, déjà presque sans hommes onze mois sur douze, se dépeuplent lentement.
De l’autre côté des montagnes, le Grand Erg Oriental déploie brutalement ses hauts cordons de dunes. Les nombreux oueds dévalant la montagne se perdent dans les sables. Ici et là, l’eau souterraine s’échappe du sol, formant des sources et apportant la vie. L’oasis au cœur du désert… A Bir Soltane, l’eau est fraiche. A Ksar Ghilane ou Aïn Essbat, c’est une eau chaude thermale qui jaillit du sol.
Les caravanes et les nomades pasteurs allaient ainsi de point d’eau en point d’eau. Aujourd’hui, les bergers, nomades ou semi-nomades, viennent y abreuver leurs troupeaux. Certains vivent à l’année dans le désert, d’autres habitent les oasis et ne nomadisent qu’à certaines périodes de l’année.
Les oasis s’étendent beaucoup plus à l’ouest de la Tunisie, dans la région de Douz et de Tozeur. Plus près, Ksar Ghilane, encerclée par les dunes rouges du Grand Erg Oriental, sa palmeraie irriguée par la source thermale, ses tamaris habités par une multitude d’oiseaux, son fort romain abandonné aux sables…, mais aussi, ses hordes de touristes venant y passer la nuit.